Stephen King a passé une heure à discuter avec les membres du podcast The Loser’s Club. C’est à cette occasion que l’on a notamment appris qu’il a écrit Rattlesnakes, une suite à son roman Cujo. Il a également parlé de son prochain roman, Fairy Tale, de Talisman, de ses adaptations, des corgis… Je vous propose, ci-après, ma traduction de ce que nous avons appris.

Le podcast

Il a déjà écouté des épisodes du Loser’s Club Podcast mais jamais de façon critique. Son épisode préféré est celui avec John Darnielle parce qu’il parle beaucoup et a beaucoup d’idées. L’autre épisode qu’il a écouté avec beaucoup d’intérêt est celui à propos de son essai, Écriture, mémoires d’un métier, car les membres du podcast se dévoilent beaucoup, « et c’est ce qu’est censé faire ce livre ».

Il a fait un épisode du Kingcast avant d’être dans ce podcast simplement « parce qu’ils ont demandé avant ». Alors, il y avait raconté qu’écouter des personnes parler de soi dans un podcast, c’est un peu comme se rendre à ses propres funérailles.

Il n’y connaissait rien aux podcasts jusqu’à ce que, il y a environ 6 ans, quelqu’un lui parle du Loser’s Club Podcast, et qu’il commence à s’y intéresser.

Fairy Tale

Fairy Tale est son prochain roman et sera publié en anglais en septembre.

Il explique qu’enfant, il aimait les histoires de Robert E. Howard et Edgar Rice Burroughs. Au début de La Terre que le temps avait oublié, le narrateur dit au lecteur « lisez 5 pages et vous m’oublierez ». Pour lui, c’est ça, la fiction, c’est ce qu’il recherche auprès de ses lecteurs : les plonger dans une aventure et qu’ils oublient tout le reste, qu’ils soient transportés dans un autre monde.

Il a voulu combiner cette idée avec ce qu’il aime chez Conan le Barbare ou chez les personnages de Rice Burroughs : des villes désertes, des monstres, qui ressemblent à des contes de fée (« fairy tales » en anglais).

Fairy Tales contiendra d’ailleurs des illustrations, comme les véritables contes de fée, dont la moitié sont réalisées par Gabriel Rodriguez, l’illustrateur du comic Locke and Key de son fils Joe Hill.

Ce qu’il voulait, c’était écrire un personnage fort et plein de muscles, mais aussi très intelligent. Ce qu’il voulait par rapport aux personnages de Rice Burroughs, c’était lui donner plus de réalisme.

Il a donc fait un anti-héros à la Disney et fait vivre à ce jeune garçon des aventures dans un autre monde dans lequel il peut mettre les monstres, les villes désertes, et des éléments de conte de fée. « Et peut-être que je pourrais faire en sorte que les gens y croient ».

Il a essayé d’y intégrer des éléments de tous les contes de fée qu’il connaît, « y compris Ariel, la petite sirène de Disney ».

Talisman et Territoires : suite et adaptation

Il ne sait pas s’il y aura une suite à ses romans co-écrits avec Peter Straub : Talisman et Territoires, confirmant ce qu’avait déjà dit Peter Straub. « Peter avait une super idée mais on est très occupés, il a eu des problèmes de santé, et une chose en entraînant une autre… Pour le moment, c’est en suspend ».

Pour lui, si le projet d’adaptation par les frères Duffer (Stranger Things) voit le jour et a du succès, cela pourrait les remotiver. Il n’a pas échangé avec eux au sujet de cette adaptation. Il se tient éloigné des discussions sur ses adaptations désormais, il a un agent en Californie qui le tient informé. Lui, il s’en tient à ce qu’il sait faire : écrire des histoires.

Il précise quand même qu’après l’enregistrement de ce podcast, il va regarder l’adaptation du Téléphone de Mr Harrigan pour Netflix (qui devrait donc sortir cette année si elle est déjà montrée à King).

Ses adaptations

Il évoque le film Firestarter qui pour lui n’est sans doute pas à la hauteur des espoirs de chacun, malgré la bonne prestation des acteurs.

Mais comment réconcilier « Stephen King l’homme » et « Stephen King la marque » avec notamment le grand nombre d’adaptations ? Il explique qu’il ne le fait pas, qu’il est aujourd’hui très populaire mais que quand il mourra, ce qui restera ce n’est pas lui, « mais ce putain de clown (Grippe-Sou, ndlt) va vivre pour toujours ».

Quand il écrit, il se met en position d’homme humble et réalise la chance qu’il a de vivre de ses écrits. Il évite de réfléchir à ce qu’on pensera et dira à propos de ce qu’il écrit « parce que je veux juste raconter des histoires ».

Quelle est sa relation avec ses personnages qui deviennent des références de la culture populaire, comme Grippe-Sou, le clown de Ça ? « Je n’ai plus de relation avec Grippe-Sou parce que je n’ai pas l’intention de me replonger dans cette histoire ». Ce personnage est désormais entre les mains de Barbara et Andrès Muschietti qui devraient continuer à l’explorer avec la série prequel Welcome to Derry. Il est curieux de voir ce que faisait Grippe-Sou 27 ans avant les événements que l’on connaît.

Il est toujours curieux de voir comment on s’empare de ses personnages : ce qu’on en fait, ce qu’on change. Il a tout de même l’impression que plus on reste fidèle à son histoire, et plus l’adaptation fonctionne.

En parlant adaptations fidèles : Rob Reiner a créé la société de production Castle Rock Entertainment après le succès de Stand by Me. « La dernière fois que je l’ai vu, c’était avant le covid, il voulait que je participe à un petit film politique ». Mais pas de nouveau projet d’adaptation de sa part, visiblement.

Ses livres moins populaires

Certains de ses livres semblent faire l’unanimité, alors que d’autres sont presque devenus des défouloirs comme les Tommyknockers et Dreamcatcher. Mais il rappelle avoir écrit Dreamcatcher à la main sur des carnets après son grave accident de 1999 parce qu’il ne pouvait pas rester assis devant un ordinateur.

« J’aime tous mes enfants. Je pense à mes livres comme s’ils étaient mes enfants ». Pour les Tommyknockers, il précise qu’il était sous cocaïne.

Son livre qui a vraiment suscité beaucoup de critiques est Bazaar, qui pour lui est une comédie, un pastiche de du capitalisme et du matérialisme. Il pense que les critiques n’ont pas aimé parce qu’il est sorti de ses traditionnelles histoires de monstre. Il a été déçu de cette réception, « Bazaar méritait mieux ».

Le scatologique dans l’horreur et le besoin d’être transgressif

King est intéressé par le fait que dans les livres et dans les films, personne ne va jamais aux toilettes. Alors qu’on voit souvent des personnages vomir. En écrivant Dreamcatcher il pensait justement à ce qu’il se passerait si des créatures étaient ingérées « et qu’il faudrait les chier et qu’en sortant elles aient des grandes dents. Personne n’a jamais fait ça, je vais faire ça ».

Le vrai sujet est que pour lui l’horreur doit être transgressive, elle doit aller là où personne d’autre ne va. Il évoque une scène de Simetierre dans laquelle Louis déterre son fils et voit de la mousse qui a poussé sur son visage, « c’est horrible, pendant très longtemps j’ai pensé que je ne publierai jamais ce livre ».

Mais selon lui, les lecteurs ont un grand attrait pour l’horreur pure.

Pour King, on a tous peur de la mort, de se décomposer, de tomber en morceaux. Il a traité plusieurs fois de ces sujets mais à chaque fois il essaye de faire quelque chose qu’il n’a jamais fait.

Dans Rattlesnakes, des jumeaux de 4 ans tombent dans un nid de serpents à sonnette : les enfants sont tués dans une scène horrible. Il n’écrit pas ça gratuitement ou parce que personne ne l’a fait, « ça doit être organique, ça doit servir l’histoire ». Il n’est pas transgressif intentionnellement, il ne sait pas dire pourquoi il écrit ce genre de choses. Ça l’a toujours attiré, et il sait ce qui va être effrayant car lui-même, ça l’effraie.

L’horreur moderne

Interrogé sur le transgressif dans l’horreur moderne, King évoque le film The Innocents (2021) dans lequel des enfants font beaucoup de mal, et auxquelles on s’y identifie parce que ce n’est pas de l’horreur absurde.

Une scène transgressive chez King, selon lui, est celle des ciseaux dans Dead Zone. Une scène que King juge transgressive dans son œuvre, mais qui ne vient pas de lui, est la fin de The Mist, le film de Frank Darabont qui adapte Brume, mais il ne sait plus si c’est lui ou Frank Darabont qui a eu l’idée de cette fin.

Spoiler sur la fin : cliquez pour lire.
Stephen King ne savait pas ce qui se passait après l’histoire qu’il racontait, donc a volontairement laissé une fin ouverte. Frank Darabont en a beaucoup parlé avec lui et lui a dit qu’il ne pouvait pas faire ça en film. King croit se souvenir de lui avoir suggéré « et s’ils mourraient tous ? ». Darabont a su faire front face aux studios qui n’étaient pas à l’aise avec cette fin.

Le Mal dans l’œuvre de King

Pour King, il y a toujours eu un Mal intérieur et un Mal extérieur. Ce dernier est d’une certaine façon plus optimiste car on peut se dédouaner de toute responsabilité. Dans son roman Désolation, Tak est le méchant, il vient d’ailleurs, il est réel, les gens lui font face et ça devient alors une histoire d’aventure. Dans Simetierre, on se dit que le personnage a un souci, c’est en lui, et il fait des choses transgressives en sachant ce qu’il fait et que c’est mal.

Quand il a écrit des romans comme Carrie, Marche ou Crève, Rage, Running Man… il considère qu’il était un jeune homme très en colère et que ces livres transpirent cette colère. À l’époque où il écrivait Le Fléau, il a réalisé qu’il y a de bonnes personnes qui parfois se dressent contre le Mal, et que le Bien peut gagner contre le Mal. Ç’a été une évolution dans son écriture au fil des années. « Cujo et Simetierre sont des livres très durs de bien des façons ».

Il pense qu’il n’aurait jamais pu écrire un personnage tel qu’Holly Gibney (qu’on retrouve au centre de 5 histoires récentes) à cette époque. « Holly est ce que Carrie aurait pu être si elle avait pu grandir. » Pour lui, elles ont les mêmes problèmes et la même capacité d’en tirer le meilleur. Qu’Holly s’en sorte parce qu’elle trouve un ami, Bill Hodges, est pour King la partie la plus optimiste de son esprit. « L’idée que les gens peuvent changer pour le mieux. »

Un membre du podcast blague sur le fait qu’après Mr Mercedes, il a quand même publié Revival. King répond qu’il ne voulait pas que les gens pensent qu’il s’était ramolli.

Une nouvelle histoire avec Holly Gibney

King a terminé un nouveau roman avec Holly Gibney. « Elle continue d’évoluer, et d’évoluer dans le bon sens. Il y a beaucoup de choses horribles qui se passent dans ce nouveau livre. Je ne veux pas spoiler mais c’est putain de dégoûtant. »

Culture de genre

King rebondit sur le fait que l’idée d’un roman dégoûtant où des choses terribles se passent, puisse l’amuser et amuser les membres du podcast : « Nous ne sommes pas des gens horribles. On extériorise d’une façon socialement acceptable. On va voir des films d’horreur, on lit des histoires d’horreur, mais aucun de nous n’irait dans une classe comme ce gamin au Texas, pour tuer ses camarades. »

Il veut écrire des histoires qui pourraient paraître réalistes, dans lesquelles les lecteurs pourraient se projeter. Qu’à la lecture ils se disent que ça pourrait réellement arriver. Fairy Tale se passe principalement dans un autre monde mais le premier tiers du livre se déroule dans notre monde, en 2014. On suit un ado qui va au lycée, qui fait du sport, a un job… King veut que les gens se disent « je connais ce monde, je connais ce gamin, je connais le monde dans lequel il vit, ces choses sont réelles donc je le suivrai quand ça deviendra étrange ».

La discussion dérive sur la façon dont les histoires d’horreur sont perçues. Elles sont presque jugées comme illégitimes. King raconte une anecdote : un copain d’école lui a prêté un livre avec une femme aguicheuse en couverture. La maîtresse l’a vue et lui a pris le livre en lui disant « tu ne veux pas lire ce genre de déchet » alors que si, c’était exactement ce qu’il voulait lire.

Pour King, les critiques qui méprisent la fiction de genre sont des gens qui n’ont jamais vraiment découvert ce qu’est ce genre. Ils ne comprennent pas les archétypes ou styles propres à ce genre littéraire.

Ses habitudes d’écriture

Il ne pense pas qu’il arrêtera d’écrire volontairement tant qu’il s’en sentira toujours capable. Il écrit 3 à 4 h par jour le matin, après avoir marché (très tôt), et il ne sait pas ce qu’il ferait s’il n’écrivait pas. Ça ne lui semblerait pas bien d’allumer Netflix, de végéter devant Le Juste Prix ou même de lire un livre.

Il ne sait jamais ce qu’il va se passer quand il écrit une histoire. Il ne comprend pas les auteurs qui commencent à écrire un livre en posant sur le papier la dernière phrase : il veut être surpris par les événements qu’il raconte. Quand il a débuté La Ligne Verte, il avait en tête l’image d’un homme qui allait être exécuté. En commençant le livre il savait qu’il se mettrait du point de vue du « bourreau » mais pas ce qui allait se passer exactement, ni qui allait mourir et pourquoi.

Il fait confiance au processus.

Parmi les travaux qu’il a produits et sur lesquels il n’a pas été crédité, il dit avoir travaillé sur l’album Black Ribbons de Shooter Jennings. Et il fait de la guitare avec les Rock Bottom Remainders qui ont fait deux concerts depuis la covid. Il ne pourra pas être au prochain concert, mais il dit qu’ils n’ont pas besoin de lui : même s’il s’est amélioré, il n’est quand même pas très bon.

Rester proche de ses amis quand on est adulte

Pour King, on n’a que peu de vrais amis : 2 ou 3, à qui on peut réellement ouvrir complètement son cœur. Deux de ses amis sont décédés récemment et c’est le jeu quand on vieillit : on commence à perdre des gens, et à perdre des parts de soi. Mais il a encore deux amis avec qui il reste en contact autant que possible.

Il s’est fait ces amis depuis que ses enfants ont quitté la maison, car il s’est éloigné de ses amis d’Université en se mariant et faisant des enfants. Comme c’est dit dans Stand by Me : il n’a jamais eu d’amis comme il en avait quand il avait 12 ans. Et c’est le cas pour tout le monde.

Sa chienne Molly, la Chose du Mal

King est interrogé sur sa chienne Molly, un corgi dont il aime partager des photos sur son compte Twitter. Il se sent comme un petit garçon avec son chien mais l’origine de son amour des corgis remonte à 30-35 ans, quand son beau-frère lui a présenté un corgi nommé Jeremy qu’il juge de « ridicule ». « Il était énorme mais il était aussi intelligent, aimant et social » : King s’est alors dit que lui aussi aimerait avoir un chien comme ça.

Il a donc eu un corgi qui s’appelait Bill, qui était épileptique et qui en est mort. Puis ils en ont eu un qui s’appelait Marlowe et qui a vécu longtemps.

Maintenant il a Molly, qui peut être vraiment pénible mais qui est aussi intelligente et aimante. Elle s’entend bien avec tout le monde, et les gens l’aiment. « Ces petits chiens pensent qu’ils sont des gros chiens. »

Ce n’était pas son idée d’en faire une figurine mais c’était celle de Funko. Molly est devenue populaire sur Twitter, il a plus de like quand il parle d’elle que quand il parle de politique.

Ses caméos

Son caméo préféré était le personnage de Bachman dans Sons of Anarchy. Il n’est pas un très bon acteur mais il a aimé jouer dans Ça Chapitre 2. Andrès Muschietti voulait d’ailleurs représenter King jeune en prenant son fils Joe Hill pour jouer son rôle parce qu’ils se ressemblent.

Se reposer

Pour se reposer et reposer son cerveau, il se force à ne pas travailler. Des fois des idées lui viennent quand même et il les met de côté. Il faut laisser le travail respirer et prendre un peu de temps pour soi.

« J’ai une super idée en ce moment, mais je ne peux pas l’écrire, je suis trop occupé. Je dois finir les révisions sur la nouvelle histoire d’Holly. »

Il précise que c’est bien de prendre son temps car en général, les mauvaises idées partent et seules les bonnes restent.

Il sait qu’il vieillit, il veut profiter du temps qu’il lui reste autant que possible. Et il veut divertir les gens. Il ne sait pas pourquoi il fait ce qu’il fait. Il fonctionne à l’instinct. Ça le garde les pieds sur terre.


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