Disponible depuis le 7 octobre 2026 sur Prime Video, la série Carrie réinvente le roman fondateur de Stephen King en ramenant son récit à notre époque hyperconnectée. Alors que les huit épisodes viennent d’être mis en ligne, Mike Flanagan a dévoilé son ambition de bâtir une trilogie sur trois saisons, portée par un dénouement inédit qui bouleverse totalement le destin de son héroïne.

Une modernisation radicale face aux angoisses contemporaines
Après s’être illustré sur les adaptations de Jessie, Docteur Sleep et La vie de Chuck (tout en gardant en ligne de mire son immense chantier autour de La Tour Sombre), Mike Flanagan a pris un parti créatif fort : quitter les années 1970 pour installer l’intrigue en 2026. C’est d’ailleurs ce qui lui avait permis d’avoir l’aval de Stephen King sur ce projet.
Interrogé par Radio Times, le réalisateur a justifié ce refus d’une simple pièce d’époque nostalgique :
« Les thèmes que nous explorons sont pertinents pour les adolescents d’aujourd’hui d’une manière si profonde que ce n’était pas le cas à mon époque, et encore moins à celle de Stephen. Faire une adaptation en costumes aurait donné l’impression d’une simple relecture. Il s’agissait de raconter une histoire essentielle aujourd’hui, qui parle de l’expérience unique des ados à travers une nouvelle version des personnages de Stephen. »
À travers le prisme du cyberharcèlement, des smartphones et de l’anxiété scolaire généralisée, le calvaire de Carrie White (incarnée par Summer H. Howell), mais aussi de son entourage et notamment du corps professoral, gagne une brutalité viscérale en phase avec les tourments de notre époque.
Une vision au long cours : « C’est véritablement une trilogie »
Contrairement à l’idée reçue d’une mini-série fermée, le showrunner a vu bien plus grand dès l’écriture et si vous avez vu la série, vous comprenez désormais comme moi comment on peut envisager plusieurs saisons pour Carrie. Lors de récents entretiens avec la presse américaine, Flanagan a levé le voile sur son plan narratif global :
« Dans mon scénario idéal, je pense que cela se déroule sur trois saisons. Carrie possède un arc narratif magnifique en trois étapes. C’est véritablement une trilogie. »
Prime Video n’a pas encore officialisé le renouvellement pour les saisons 2 et 3, mais le succès déjà confirmé de la série pourrait permettre au projet de voir le jour.
Mike Flanagan, qui travaille sur La Tour Sombre rappelons-le, est très attaché à intégrer et porter à l’écran le multivers de Stephen King, et notamment ses notions de personnes dotées de pouvoirs, des connexions qu’elles ont entre elles, et des menaces qui les poursuivent (si vous avez lu La Tour Sombre, L’Institut ou Docteur Sleep : vous comprenez). Il a confirmé avoir pensé cette première salve comme l’ouverture d’une fresque bien plus vaste. La suite dépendra évidemment des audiences réalisées par ces huit premiers épisodes.
Interrogé par TV Insider, Mike Flanagan a notamment parlé des liens entre Carrie et La Tour Sombre :
« Ce qui est magnifique avec Stephen King, c’est que les connexions au sein de l’univers qu’il a bâti font partie des choses les plus réjouissantes à dénicher quand on aime son œuvre. Je pense sincèrement que tout cela existe à un certain niveau de la Tour, et la place de Carrie dans ce monde plus vaste est un élément auquel il fait très clairement allusion dans le livre. C’était particulièrement excitant pour nous de pouvoir concrétiser cela et de vraiment creuser cette piste. »
Flanagan a d’ailleurs commencé à disséminer des indices parmi les easter eggs qu’il a cachés dans sa série : fans de La Tour Sombre, avez-vous les références à North Central Positronics et à la Sombra Corp ?
Un dénouement qui bouscule le canon (Attention spoilers sur la fin)
Pour les spectateurs et spectatrices qui ont déjà dévoré l’intégralité de la série, le final intitulé « AP Physics » éclaire parfaitement cette ambition sur plusieurs saisons. Flanagan y prend une liberté majeure par rapport au roman et au film de Brian De Palma : Carrie survit à l’effondrement de sa maison.
Secourue par Emaline alors que sa mère Margaret (campée par Samantha Sloyan) a succombé, la jeune fille quitte la ville en ruines. En introduisant en toile de fond un réseau de femmes dotées de capacités similaires et en exploitant la facette documentaire du roman (enquêtes d’État, auditions de témoins), Flanagan pose les bases d’un univers étendu où les dons psychiques de Carrie attirent désormais des regards bien au-delà de Chamberlain.
Si Emaline semble gentille et bienveillante, plutôt du côté des personnes traquées, “l’enquêtrice” incarnée par Kate Siegel (qui a d’ailleurs une tortue en pendentif !) est elle aussi dotée de pouvoirs et entourée d’autres femmes avec des pouvoirs, et ne peut donc techniquement pas faire partie d’une structure telle que “La Boîte” ou la Sombra Corp (pour comprendre, consultez mon dossier multivers). Ce nouvel arc reste à construire, Flanagan étant prêt à enrichir l’univers de Stephen King à l’écran.
Mon avis sur la série (sans spoilers)
J’ai vraiment beaucoup aimé cette proposition. Certes, l’écriture s’autorise quelques facilités, voire certaines absurdités narratives, mais la série remplit parfaitement son rôle d’œuvre moderne sur le harcèlement scolaire, en montrant à quel point ce fléau est devenu insidieux et complexe de nos jours. À quel point il peut toucher tout le monde, à quel point chacun.e peut autant être harceleur que harcelé, à tout moment, et à quel point cela est beaucoup moins binaire que ce que l’on pense.
La complexité rejaillit d’ailleurs sur les personnages. Chris Hargensen (Alison Thornton) est tout simplement excellente et gagne en consistance. En revanche, j’émets quelques réserves sur la dynamique familiale : Margaret (Samantha Sloyan) est peut-être un peu trop en demi-teinte à mon goût. À l’écran, elle n’apparaît pas sous un jour aussi monstrueux et impitoyable que dans les pages du livre — même si son comportement reste toxique. De ce fait, j’ai eu un peu plus de mal à croire au revirement soudain de Carrie, qui devient brutalement très dure et méchante envers sa mère sans que la montée en tension ne justifie pleinement une telle rupture.
Il n’en reste pas moins que la série est très bien écrite, les dialogues de Samantha Sloyan sont particulièrement incroyables. Le scénario sait nous induire en erreur même si on voit venir de très loin quelques “twists”, l’ensemble est une très belle réussite qu’e je n’ai pas pu m’empêcher de consommer en seulement 2 soirées.
C’est aussi une bonne adaptation qui remplit son rôle : elle s’adapte. À son époque, à son showrunner, à un nouveau regard sur un récit qui a plus de 50 ans. Il a réussi à rendre hommage au format “documenté” et raconté par les autres du roman, et à garder des éléments qu’aucune autre adaptation n’a repris (notamment l’explosion de l’ombre dont parle Sue Snell).
Les messages du roman de King sont là, et les libertés sont canon avec le reste de son univers, donc pour moi c’est réussi.
Et vous, qu’avez-vous pensé du Carrie de Mike Flanagan ? Dites-moi tout en commentaires !
Soutenez Stephen King France sur Tipeee
- Acheter la nouvelle traduction au format collector : sur Amazon / sur la FNAC
- Acheter la nouvelle traduction au format poche souple : sur Amazon
- Acheter Carrie de Stephen King : sur Amazon / sur la FNAC
- Acheter Carrie en livre audio : sur Amazon / sur la FNAC
- Acheter le film Carrie par Brian de Palma : sur Amazon / sur la FNAC
- Acheter le film Carrie : La Vengeance par Kimberly Pierce : sur Amazon / sur la FNAC
![[Dossier] Le multivers de Stephen King : les connexions entre ses œuvres stephen-king-multivers](https://stephenkingfrance.fr/wp-content/uploads/2020/05/stephen-king-multivers-218x150.jpg)































J’ai trouvé ça brillant et j’ai tout dévoré dès le premier jour. La transposition à l’époque actuelle a été très intelligemment pensée. Et le développement du personnage de Chris est en effet très réussi. Mes quelques réserves portent plus sur l’élargissement de l’univers et le personnage d’Emaline mais j’attends de voir la suite si elle a bien lieu.
Oui, il fait peur le petit Mike avec ses libertés mais si il y en a un qui peut faire ça “bien”, je pense que c’est lui