Stephen King et son fils Joe Hill ont été invités au micro du célèbre podcast américain Last Podcast on the Left à l’occasion de la fête des pères (qui tombait le 21 juin aux États-Unis). L’échange d’1h est riche et plein d’humour, mais évidemment en anglais. Si vous êtes non anglophone, voici l’essentiel de ce qu’il fallait en retenir !
L’envers du décor de la coécriture
Stephen King et Joe Hill ont coécrit deux histoires : les nouvelles In the Tall Grass (Dans les hautes herbes) et Throttle (Plein Gaz). Interrogé sur cette dynamique, Joe Hill a décrit le rythme de travail de son père avec une pointe d’humour :
« Écrire avec mon père, c’est un peu comme dans les dessins animés de Warner Bros lorsque Vil Coyote grimpe sur une fusée Acme, allume la mèche et se fait emporter d’un coup. De mon côté, je transpire et je m’arrache les cheveux sur trois pages. Je les lui envoie par e-mail et, quarante-cinq minutes plus tard, il me répond : “C’était super, en voilà cinq de plus.” »
Sur un plan plus personnel, Joe Hill a rappelé que la création est une constante au sein de la famille. Avec son frère Owen King (coauteur de Sleeping Beauties et auteur du récent roman The Curator), ils maintiennent un fil de discussion et une playlist partagée au quotidien pour échanger sur la musique, le rock’n’roll et leurs projets en cours.
Le rôle crucial de Tabitha King sur les fins de romans
Une part importante de la discussion a mis en lumière le rôle de conseillère éditoriale de Tabitha King. Elle est la première lectrice de chaque manuscrit produit au sein du foyer et n’hésite pas à imposer des changements structurels majeurs :
- Sur l’œuvre de Stephen King, c’est elle qui a fait modifier la trajectoire de la fin de l’intrigue initiée avec Jack Sawyer dans Talisman, demandant à King de ramener l’histoire vers l’enfant qu’était le protagoniste à l’origine. Elle se plaît également à anticiper les critiques littéraires de son mari, prédisant par exemple avec justesse que les journalistes résumeraient le livre Misery à son seul titre (“misère” en français).
- Revenant sur son roman Ne jamais trembler (Never Flinch) publié l’an dernier, King a expliqué avoir initialement développé trois intrigues principales, dont une centrée sur un vol de chien (« dog napping »). Sur les conseils de son épouse Tabitha, cette partie a été coupée de la version finale. King a toutefois annoncé que cette intrigue n’était pas perdue et qu’elle constituerait le cœur d’un prochain livre à paraître, probablement le dernier roman avec Holly Gibney, qui sera aussi normalement le dernier roman de King.
- Sur l’œuvre de Joe Hill : La fin initiale du troisième roman de Joe Hill, NOS4A2 (Nosfera2), était particulièrement sombre et désespérée. Tabitha King l’a appelé pour lui signifier que cette conclusion ne convenait pas. Joe Hill a admis avoir modifié son texte dans la foulée, saluant la pertinence constante du regard de sa mère après cinquante ans de relectures familiales.
Philosophie de l’écriture : discipline, intuition et émancipation
Au-delà des projets concrets, les deux auteurs ont partagé leurs visions respectives du métier d’écrivain, marquées par des approches similaires de l’exercice d’écriture :
- La discipline quotidienne : Interrogé sur sa productivité constante, Stephen King a réaffirmé sa philosophie : l’écriture relève d’une habitude et d’un entraînement régulier plutôt que d’une attente passive de l’inspiration. Lire beaucoup, écrire chaque jour et rester curieux constituent le socle de sa méthode.
- L’absence de plan directeur : Tant le père que le fils s’accordent sur le fait de travailler sans plan strict ni structure prédéfinie en amont. Le processus créatif repose sur la découverte progressive de l’histoire et des réactions des personnages au fil des pages, une démarche guidée par l’intuition.
- Joe Hill a rapidement parlé de son prochain roman, King Sorrow, et a confié avoir été lui-même surpris par le déroulement des événements lors de l’écriture, notamment par la mort imprévue de l’un de ses personnages.
- Le choix du pseudonyme : La discussion a également survolé les débuts de Joe Hill et sa décision d’écrire sous pseudonyme pour construire sa carrière indépendamment du nom de son père. Une démarche d’émancipation saluée par Stephen King, qui y voit une preuve de rigueur et de respect envers le métier.
- Enfin, Joe Hill est toujours très impressionné par la qualité d’écriture de son père, les premières versions de ses romans sont toujours très abouties.
Autour de La Tour Sombre
Sollicité sur l’univers de La Tour Sombre, Stephen King est revenu sur la genèse du personnage de Roland Deschain. L’inspiration principale découle directement des westerns de Sergio Leone découverts en salles. Pour King, le Pistolero idéal de l’époque était Clint Eastwood, notamment pour son économie de mots à l’écran.
Concernant les projets d’adaptation, l’auteur a mentionné qu’un projet impliquant l’acteur Javier Bardem avait été sérieusement envisagé à une période et “qu’il aurait été super” dans ce rôle. L’acteur correspond bien au fait que Roland, dans les premiers livres, n’a rien d’un héros qu’on pourrait aimer.
De son côté, Joe Hill a confirmé que des démarches restaient actives en coulisses pour tenter de transposer l’œuvre sous la forme d’une série télévisée structurée sur cinq saisons, qualifiant la saga de « système nerveux qui traverse l’intégralité de l’œuvre de mon père ».
Anecdotes de tournages et faits insolites
L’entretien s’est a été ponctué de plusieurs anecdotes de carrière, dont en voici quelques unes :
- Durant son enfance, Joe Hill a incarné le jeune garçon victime d’un père abusif dans le film à sketches Creepshow, écrit par King et réalisé par Romero. Après une longue session de tournage nocturne, Stephen King l’a emmené dans un drive de McDonald’s à 23 heures. L’enfant ayant conservé son maquillage de cinéma (composé de faux bleus réalistes sur le visage), l’employée du restaurant a immédiatement alerté les services de police.
- Joe Hill a révélé que le tueur en série John Wayne Gacy avait fait parvenir l’une de ses peintures réalisées en prison à Stephen King. Cette démarche et le malaise qu’elle a suscité ont directement inspiré à Joe Hill les lignes d’ouverture de son premier roman, Heart-Shaped Box (Le Costume du mort).
- Les deux auteurs ont partagé un constat empirique sur les retours de leurs lectorats. Si le public accepte la mort de personnages humains (y compris des enfants, comme dans Cujo), l’élimination d’un animal domestique (le chien dans Dead Zone ou le chat dans la nouvelle Jackknife de Joe Hill) suscite une hostilité systématique des lecteurs sur les plateformes comme Goodreads.
- Sylvester Stallone a eu pendant un temps le projet d’adapter la nouvelle Plein Gaz (Full Throttle).
- Joe et Stephen apprécient beaucoup ce qui se fait aujourd’hui en horreur, King a notamment cité les films Backrooms et Obsession, et Hill a parlé de la série Widow’s Bay. Ils trouvent tous les deux que l’horreur rassemble les gens, on a peur ensemble et ça rassure. En lisant de l’horreur on cherche des émotions auxquelles on peut s’identifier.
- King est un grand amateur de comédie, il aime l’humour un peu “bas de plafond” et il y a d’ailleurs un humoriste dans Other Worlds than These. Joe rebondit en précisant que les humoristes sont aussi en quelque sorte des écrivains : ils écrivent les sketchs qu’ils jouent encore et encore.
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