Albin Michel publie, le 21 septembre 2022, le roman Billy Summers, de Stephen King. Je vous propose de découvrir ci-dessous mon avis, les TW (sujets sensibles) ainsi que les connexions avec le reste de son multivers.

Tous les spoilers seront signalés, et cachés, vous pouvez lire sans crainte !

billy summers albin michel

Avant de débuter, il est bon de préciser que Billy Summers traite de sujets difficiles qui peuvent heurter certaines sensibilités. Les mentionner pourrait vous spoiler, aussi je vous laisse cliquer ci-après pour les dévoiler si vous le souhaitez :

Trigger Warnings Billy Summers (spoil)
Viols. Revenge rape (vengeance de viol par la violence). Scènes de guerre.

Billy Summers, c’est l’histoire d’un tueur à gage qui se fait passer pour un écrivain pour assurer sa couverture.

Rien que dans ce court résumé, il y a des choses à dire.

Certes, on nous annonce dès la 4e de couverture que Billy ne « tue que les salauds ». Eh oui, Billy, c’est un ancien militaire, il a un code d’honneur. Et c’est aussi pour King une belle excuse pour nous parler d’un de ses sujets délicats préférés : la peine de mort. À travers les réflexions de Billy sur son droit à tuer une personne même si elle est mauvaise, on retrouve surtout les convictions de Stephen King. Ses doutes, aussi, envers un pays qu’il aime et dont il dénonce la violence dans ses écrits depuis plusieurs décennies.

Ce n’est pas la seule partie autobiographique du récit. Le premier quart du roman se passe en quasi monologue avec ce tueur qui doit avoir une couverture d’auteur crédible, et qui apprend donc à écrire. Des chapitres qui mettent en exergue les talents de professeur de King en la matière, et surtout son amour pour l’écriture. Une véritable plongée dans l’esprit du maître qui nous laisse entrevoir les rouages de cet esprit si prolifique.

D’ailleurs cette couverture d’auteur apporte une particularité qui ravira les fans de meta : une histoire dans l’histoire, puisqu’on suit Billy écrire ses mémoires de guerre. Personnellement, j’étais perdue sur cette partie : je ne suis pas une fan du genre. Les récits de guerre, très peu pour moi. Mais quel exercice de style ! On a là une démonstration, s’il en fallait encore, de la souplesse d’écriture de King, qui passe d’un style à un autre, d’une perspective à une autre, et qui est capable, sans nous perdre, de nous livrer deux histoires très différentes en une seule.

L’autre démonstration d’écriture de King, c’est la force de ses personnages et des lieux qu’ils traversent. Ce Billy Summers a un air de 22/11/63, il y partage la force de l’image. C’est sa marque de fabrique : King prend son temps pour installer le décor avec une netteté d’une efficacité redoutable. Il nous peint des tableaux dans lesquels on est absorbés, même touchés. Je garde un souvenir ému d’une scène de partage de cookie et de Monopoly par temps de pluie : si simple et si forte. Elle avait un goût de mon enfance, imbibée de mélancolie.

Ces personnages, développés avec autant de soin, ont l’âme des personnages de King : ni jamais bons ni jamais mauvais, ils sont surtout terriblement logiques. Ils agissent en cohérence complète avec leur caractère et leur histoire. Des fois ça gratte, et ça, King, il aime bien nous gratter.

Attention, spoiler chapitre 16
J’ai été assez dérangée par cette scène de ‘revenge rape’ (vengeance de viol). Violente et maladroite par sa tentative de ‘viol éducatif’. Mais elle est violente et maladroite, parce que Billy est violent et maladroit, surtout sur un sujet aussi sensible, qui ne le concerne pas directement. Elle est d’une logique imparable pour ce personnage tel qu’on nous l’a présenté. À titre personnel je regrette aussi que l’on ai autant de détails sur les blessures d’Alice ou sur la cuisson d’un œuf, mais pas une seule mention des effets d’une pilule du lendemain qui ne sont pas anodins. Les vieux tabous ont la vie dure.

Billy Summers s’inscrit dans la lignée de ses récents romans. Je trouve même qu’il a un quelque chose de L’Institut, dans le rythme. Pourtant il réussit à surprendre, notamment par ses personnages. Car oui, je ne vous spoilerai pas les rencontres de Billy comme Stephen King a pu le faire lui-même lors de la promo du livre, mais Billy Summers nous offre aussi une association de personnages surprenante, voire déroutante, et pourtant crédible et touchante.

Billy Summers est la preuve que King peut nous offrir une lecture agréable et profonde sans éléments de fantastique. L’auteur gagnerait-il en subtilité avec l’âge ? À vous de le découvrir !


Si vous souhaitez lire Billy Summers, vous pouvez acheter la version française (en espérant une traduction de bonne qualité) ou la version en anglais ci-dessous :

Les connexions de « Billy Summers » avec le reste de l’univers

Évidemment ne lisez pas la suite si vous n’avez pas encore lu les histoires ! Toutes les connexions des histoires de Stephen King sont à retrouver dans ce dossier.

  • Chapitre 7 – Mention du journal Inside View : c’est le journal de Richard Dees (L’Oiseau de Nuit), présent dans plusieurs histoires de Stephen King.
  • Chapitre 11 – Mention d’une Fort Pinto, même voiture que dans Cujo.
  • Chapitre 15 – King s’amuse avec la réalité et évoque le virus qui quelques mois plus tard stoppera le monde pendant plusieurs mois.
  • Chapitre 16 – Une référence aux Enfants du Maïs alors que le maïs est mentionné comme un « légume dangereux ».
  • Chapitre 17 – Ils passent par Boulder, une ville du Colorado qui a notamment de l’importance dans Le Fléau
  • Chapitre 17 – Plusieurs mentions évidentes à l’hôtel Overlook de Shining, dans le Colorado : d’abord il est dit qu’il a brûlé puis son nom est donné.
  • Chapitre 17 – Mention d’une route 19 « dans les montagnes après la nuit tombée » : un chiffre qui n’est jamais un hasard chez Stephen King (référence à La Tour Sombre notamment).
  • Chapitre 18 – La peinture dans la cabane représente des buissons en forme d’animaux, comme ceux qui s’animaient à l’hôtel Overlook. D’ailleurs ils semblent se rapprocher, un effet récurrent dans les histoires de King (on peut citer par exemple Le Molosse Surgi du Soleil).
  • Chapitre 24 – La ville d’Hemingford Home est mentionnée : c’est une ville fictive de King située dans le Nebraska où se trouve notamment Mère Abigail dans Le Fléau mais qu’on retrouve aussi dans 1922Les Enfants du MaïsÇaMister YummyLe Dernier Barreau de l’Echelle.

2 Commentaires

  1. Je suis entrain de le lire et je n’arrive toujours pas à comprendre concrètement POURQUOI un écrivain, en herbe de surcroît, a besoin de louer un bureau en ville pour écrire un roman sur ordinateur alors qu’il loge dans une maison, dans cette même ville? Le besoin de se situer idéalement pour le boulot qu’il a à accomplir cela je le comprends, mais la raison bidon évoquée pour tromper son monde, où se trouve la crédibilité dans l’histoire, je ne comprend pas?

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