Samedi 18 septembre, Stephen King participait à distance au festival écossais Bloody Scotland. Accompagné de Linwood Barclay, il a notamment parlé de ses prochains romans.

Si vous souhaitez regarder la conférence qui dure 1h, elle est toujours en ligne sur le site de Bloody Scotland au prix de £5. et retrouvez ci-dessous ma traduction de ce qu’on a appris de nouveau à propos de Stephen King lors de cet échange.


King commence par montrer sa lecture du moment, qu’il a choisie quand il était à Londres en se disant que ça ressemblait à un livre de Linwood Barclay : Want you gone, de Chris Brookmyre. Ils parlent chacun des livres de l’autre (King a adoré le dernier Barclay : Find You First, qu’il a lu en 3 jours).

Barclay lui demande s’il a déjà ressenti le besoin de rapidement écrire une idée avant que quelqu’un d’autre l’ai aussi et la sorte avant lui : King se souvent alors quand il écrivait Les Tommyknockers, un livre de Michael Crichton est sorti avant qu’il finisse et il s’est dit ‘Oh mon Dieu ça ressemble beaucoup au mien’. « Le truc c’est qu’on est tous voisins dans un domaine encombré. Les idées se chevauchent. C’est ce que tu en fais qui est plus important que l’idée de départ. (…) Tout le monde a sa voix distincte. »

King interroge Barclay sur son process d’écriture et rappelle longuement à quel point il aime ce qu’il écrit. Ils évoquent également la série Lost et King a un souvenir très vif de ce moment de la saison 1. Il fait un parallèle entre la série et son travail : « Ils travaillaient comme moi. Ils avaient une configuration de départ et suivaient les événements pour voir où ça mènerait, mais je n’ai jamais eu l’impression avant la saison 6 qu’ils avaient un fin. (…) C’est le truc avec les séries, ils renouvellent de saison en saison et donnent des chèques jusqu’à ce qu’ils aient battu la bête à mort. Mais quand on sert à quelqu’un un sandwich, on ne lui ressert pas le même sandwich ensuite : on lui en fait un nouveau ! ».

King, dont les fins font souvent débat, ajoute : « Je pense que parfois le public n’aime pas la fin d’une très longue histoire parce qu’il ne veut simplement pas qu’elle se termine. » Il explique qu’il a commencé à regarder la série Manifest mais qu’elle a été entre temps annulée : il a arrêté de la regarder car elle n’aura jamais de fin.

Barclay dit à King qu’il n’a plus rien à prouver à personne, s’interroge sur sa motivation à continuer d’écrire des histoires aussi ambitieuses (évoquant notamment L’Institut), les gens vont acheter ses livres quoi qu’il arrive. « Je ne crois pas. Je respecte trop mon travail et je respecte trop mes histoires. Il y a des auteurs, dont je ne citerai pas le nom, qui après un certain temps ont commencé à baisser en qualité. Si tu vas écrire des histoires pendant longtemps, tu as tout intérêt à être prêt à explorer de nouveaux territoires. J’aime toujours ce que je fais. »

Malgré les chiens enragés et les clowns terrifiants, Linwood Barclay a toujours trouvé que la réelle horreur dans les histoires de King était les gens ordinaires. Leur cruauté envers les autres notamment les enfants. « Ça revient si souvent que je me demande si tu n’as pas été victimisé enfant ». King répond : « Non je n’étais pas victimisé, j’étais seulement sensible à l’idée de l’être, ou que ça existe. J’étais au CM2, je faisais déjà 1m80, les gens ont commencé à m’appeler Kong parce que ça faisait King-Kong et je n’aimais pas ça. Personne n’aimerait. J’avais de mauvaises dents donc on m’appelait Bucky Beaver de temps en temps. Mais je n’ai pas été violenté physiquement. Mais je l’ai vu, en tant qu’étudiant et en tant que professeur. Nous devons utiliser nos expériences et nos sensibilités pour écrire. »

A propos de l’influence de la crise sanitaire actuelle sur ce qu’ils écrivent, King rappelle qu’il a changé l’année à laquelle se déroule Billy Summers pour ne pas que ça impacte son histoire. « C’était plus facile de changer d’année que de tout repenser. Ce n’est pas comme les romans d’espionnage qui ont perdu en intérêt à la fin de la guerre froide. le Covid influence toutes les intrigues. J’écris un nouveau roman avec Holly Gibney, qui se passe en 2021 et je veux faire du coronavirus quelque chose de central. Mais si ce virus disparaît, ce genre de livre seront perçus comme des artefacts. »

Barclay rebondit sur la mention d’Holly Gibney (personnage central de la trilogie Mr. Mercedes, de L’Outsider et de Si Ça Saigne) : « Je voulais te reparler des trois romans Mr. Mercedes. Est-ce que Mercedes t’a remercié pour le placement de produit ? ». King : « Non jamais ! Mais à l’époque avec ma femme on avait une Mercedes et c’est venu de là, c’est une telle bête, une voiture très lourde. »

Barclay fait un parallèle avec King : ils ont tous les deux commencé leur carrière en écrivant dans une caravane, et ils ont tous les deux trouvé une femme qui croyait en eux. Ils ré-évoquent l’histoire bien connue de Tabitha qui a sauvé Carrie de la poubelle.

King se souvient avoir dévoré des romans au lycée et se dire « C’est ce que je veux faire. Je comprends les personnages et on m’offre de nouvelles façons de voir le monde. C’était fantastique. ».

King se souvient aussi de toutes les formes d’encouragement qu’il a pu recevoir pendant sa carrière, d’avoir envoyé des dizaines d’histoires à des magazines alors qu’il avait 16-17 ans pour qu’elles soient publiées. « J’ai envoyé une histoire appelée La Nuit du Tigre à Fantasy & Science Fiction Magazine. J’ai eu l’idée d’un épisode de la série Le Fugitif. Elle a été rejetée et avec la lettre de refus il y avait une petite note qui disait ‘continue, tu as du talent’, et ça a fait une grosse différence ».

Sur un autre sujet : « La première fois que j’ai dédicacé des livres, c’était pour Carrie, ils avaient installé une petite table et il n’y avait que 3 personnes, la 4e personne qui est arrivée m’a dit ‘eh mec où vous mettez les livres sur les nazis ?' »

Puis vient le temps des questions du public et des internautes. La première est pour King : « Quand vous écrivez, comment savez-vous qu’il est temps d’arrêter de broder ? ». Il répond : « Il n’est jamais temps d’arrêter de broder. » Il montre à l’écran les premières pages du livre qu’il est en train d’écrire : « Je brode tant que je peux mais à un moment l’éditeur te retire le roman des mains. »

Son conseil pour quelqu’un qui voudrait arrêter d’écrire par peur d’échouer : « Il ne faut pas avoir peur d’échouer. Tu fais ça dans une pièce et tu le fais en priorité pour toi. J’essaye toujours de garder en tête qu’un jour quelqu’un lira ce que tu as fait et saura que tu as fait de ton mieux. Ce que tu fais t’appartient et tu peux en être aussi fier que tu le souhaites. (…) A chaque livre j’imagine que mon éditeur va m’appeler pour me dire que ce n’est que du bla-bla, que c’est vide et incompréhensible. Mais j’en suis fier la plupart du temps. »

Il explique que sur ses adaptations il a beaucoup de pouvoir : il peut approuver qui écrit le script, qui réalise, le casting… mais il ne le fait pas souvent. « Je suis dans une position où je peux tout approuver mais parce que je n’ai plus une famille à nourrir, ce n’est plus à moi de prendre de ces décisions, il n’y a pas d’enjeu pour moi. ». A propos de ses adaptations qu’il pourrait détester : « J’espère qu’il n’y aura plus de film les Enfants du Maïs et je blague sur Twitter que j’aimerais voir Les Enfants du Maïs vs Alien ou Leprechaun. » Il précise enfin qu’il ne déteste pas le Shining de Kubrick, juste qu’il ne l’aime pas beaucoup.

La question lui est posée de savoir si on reverra Jake Epping (22/11/63) dans une nouvelle histoire : « Non probablement pas. Quand leur histoire est terminée, elle est terminée. La seule exception est Holly Gibney qui ne devait que passer dans Mr. Mercedes et pendant longtemps je me suis dit que j’adorerais lui donner de nouveaux cas. Et un jour l’idée m’est venue. Quand je n’avais pas d’idiée je me souviens avoir pensé que ça n’arriverait pas à Linwood Barclay. »

Il a lu un peu moins pendant la pandémie parce qu’il est devenu accro aux plateformes de streaming, mais il lit autant qu’il le peut : 2h par jour en moyenne mais ça dépend aussi du livre, s’il lui coupe l’envie de regarder la télé et ne fait rien d’autre que le lire, ou pas.

Enfin, il précise qu’il aime toutes ses histoires mais qu’Histoire de Lisey est une de ses préférées car le mariage est important pour lui.


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