Je vous parlais il y a quelques jours du don de la Fondation Stephen & Tabitha King de 1,25 million d’euros à la New England Historic Genealogical Society. Aujourd’hui, Stephen King a publié un thread Twitter qu’il me semblait important de vous traduire :

Ma femme est à juste titre énervée par des titres comme : “Stephen King et son épouse font un don de 1,25 million de dollars à la Société de généalogie historique de la Nouvelle-Angleterre.” Ce cadeau était son idée originale et elle porte un nom: TABITHA KING. Sa réponse suit.
Chers rédacteurs en chef (mariés à une femme ou à un mari) : Dans la récente couverture médiatique d’un cadeau que mon mari (usage ironique) et moi avons fait, nous sommes devenus Stephen King et sa femme. L’épouse est une relation ou un statut. Ce n’est pas une identité.
Vous auriez pu faire d’autres choix. Vous auriez pu m’appeler DeStephen. Ou sa vieille dame. Ou Boule-et-Chaîne. J’ai des fils. Vous auriez pu parler de moi comme mère de romancier. J’ai une fille, mais ne serait-il pas idiot de se référer à moi en tant que Mère-de-Pasteur ?
J’ai 70 ans. Je pense que je vous donnerais la permission, si ‘DeTabitha’ meurt avant moi, de titrer ma notice nécrologique, Relique de Stephen King. En attendant, vous pourriez étudier la condescendance inconsciente de votre style et donner aux femmes leur nom.

Tabitha-King

Pourquoi est-ce important ?

Parce que votre serviteur, est une serviteuse. Et que bien souvent quand des lecteurs ou des lectrices me contactent, ou contactent plutôt “Stephen King France”, le message commence par “bonjour Monsieur” alors que le formulaire de contact se trouve sur une page où j’explique que “ce site est le site d’une fan, Émilie”. Ce n’est qu’un exemple parmi mille autres.

C’est aussi important parce que je pense qu’on a tous fait ces erreurs, moi la première, qui nous viennent d’une éducation qu’il faudrait aujourd’hui mettre au placard. Et cette éducation ne passe pas que par notre famille ou l’école : les médias et la culture ont leur part de responsabilité, et c’est bien ce dont parle Tabitha ici.

Oui Tabitha a épousé Stephen mais non Tabitha ne se résume pas à “la femme de”. Elle est Tabitha. Son message est porté par son mari qui, du haut de ses 5 millions d’abonnés sur Twitter, éveillera je l’espère quelques esprits. Car ce n’est qu’une question de changement de mentalités dont nous sommes tous capables, et dont les voix “populaires” sont essentielles dans ce qui est aujourd’hui pour beaucoup un combat.

Pourquoi est-ce important dans le monde de Stephen King ?

Stephen King et le féminisme, on en parle beaucoup mes acolytes et moi dans le podcast Le Roi Stephen (qui est présenté par une femme et composé de trois femmes et trois hommes, eh oui encore cette histoire de parité). Stephen King a pu faire preuve de sexisme au début de sa carrière. Certes quand on lit ses livres aujourd’hui, certaines remarques ou certains événements ont besoin d’être remis dans leur contexte (et dans leur époque). Mais à propos de la place des femmes dans ses livres, en 1983 Stephen King a bien volontiers admis dans une interview pour Play Boy que les accusations de sexisme qu’il recevait étaient “les plus justifiées”.

Grâce à Tabitha notamment mais aussi très certainement aux 5 sœurs de celle-ci, Stephen King a su ouvrir les yeux. Il a su changer. Il a écrit son premier roman féministe il y a quelques années, avec Owen King, un de ses fils : Sleeping Beauties. (Non, Jessie, Rose Madder et Dolores Claiborne ne sont pas des romans féministes. Cette “trilogie des femmes battues” n’est qu’une tentative de se glisser dans la peau d’une femme : King ne fait qu’un constat, il n’arrive pas à réellement dénoncer ce qui cloche exactement et à porter un message, c’est un prétexte à ses histoires. Il effleure du bout des doigts des principes féministes mais cela manque de maturité et de profondeur pour qualifier ces livres comme féministes.)

Grâce à Tabitha et aux autres, aujourd’hui Stephen King ne se contente plus de femmes monstrueuses et castratrices ou de figures féminines passives. Il a su créer des personnages forts et attachants, à l’image d’Holly Gibney qui est déjà au centre de 4 romans, et bientôt 5. Elle est probablement un de ses meilleurs personnages. Un modèle pour des jeunes femmes (ou jeunes files, King se lit tôt) ambitieuses, atteintes des mêmes troubles qu’Holly, qui manqueraient de confiance en elles.

Si vous souhaitez approfondir le sujet “Stephen King et le féminisme”, je vous invite à lire l’excellent article de Cheek Magazine : “Du patriarcat au matriarcat : ‘Sleeping Beauties’, le roman féministe de Stephen et Owen King“.

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