Le 29 mars 2023, les éditions Albin Michel publieront Conte de Fées, la traduction en français du roman Fairy Tale de Stephen King, paru en anglais le 6 septembre 2022.

Je l’ai lu en anglais à sa sortie et maintenant que j’ai pris un peu de recul sur ma lecture, je vous propose de découvrir mon avis (sans spoiler) ainsi que ses connexions avec le reste de l’univers de King.

Conte de Fées / Fairy Tale signe le grand retour de Stephen King dans un univers de pure fantasy. On y suit le jeune Charlie Reade, qui après sa rencontre avec Monsieur Bowditch et son berger allemand Radar, découvre un passage vers un autre monde…

Ce roman est conté à la première personne, du point de vue du personnage principal, et c’est probablement une des façons de conter les plus maîtrisées par King, encore aujourd’hui. Une plongée réussie au cœur du ressenti de Charlie. Avec l’âge, King ne perd pas non plus sa maîtrise des points de vue adolescents. Son sens de l’observation aiguisé (notamment envers ses petits-enfants) lui permet avec cette histoire de nous donner un ado plus vrai que nature, face à un vieil acariâtre dont certains côtés négatifs ou plus abruptes semblent être autobiographiques.

Si le duo ado / vieux solitaire est un classique, mais non moins efficace, de l’œuvre de King, difficile de ne pas retrouver dans Monsieur Bowditch quelques craintes ou expériences passées de l’auteur : le handicap suite à un accident, la douleur et la perte d’autonomie, la crainte de l’addiction aux antidouleurs, la solitude… Les parties les plus autobiographiques sont pourtant certainement celles qui offrent au texte le plus de fraîcheur : des petites incursions dans son quotidien avec son chien Molly qu’il aime tant grâce à la présence tout au long du récit du berger allemand Radar. L’amour de King pour son chien transparaît, on a l’impression qu’il parle de Molly dès que Radar est dans les parages, il connaît les chiens et on s’attache très vite, très fort, au berger allemand.

Le premier quart de Conte de Fées / Fairy Tale pourrait être une histoire à part entière, seule dans un recueil avec d’autres histoires. On y trouve ce que King fait de mieux et ce que son lectorat préfère souvent chez lui : le quotidien de gens ordinaires. Quelques questions nécessaires à la suite de l’intrigue commencent à se poser mais durant ces 150 pages, on se prélasse dans la vie ordinaire d’Américains lambdas, sans s’attarder sur d’autres personnages en dehors de ce cercle principal très restreint, et c’est très agréable de ne pas se disperser, d’être juste plongé dans leur vie.

Une fois ce quart passé (pas d’inquiétude je ne spoile pas), le rythme change. Après le passage dans un petit ventre mou nécessaire à installer un nouvel univers (surtout quand on aime autant décrire les choses comme King), le voyage qui suit vaut largement ce temps de présentation. Ce n’est qu’une façon de rendre la lecture plus immersive qu’avec seulement de la description de ce qu’on voit : le changement nous déstabilise, parce que Charlie lui-même est déstabilisé.

Vous l’aurez compris j’ai vraiment été enchantée par cette lecture. Si je devais y trouver des bémols, ce serait chercher dans les détails mais on y retrouve une habitude que King a eue pour plusieurs autres récits : les titres des chapitres divulguent les événements qui s’y déroulent. Pareil pour les illustrations.

Si vous voulez profiter pleinement de cette histoire et vous émerveiller de page en page des découvertes que vous y ferez : ne lisez pas les titres de chapitre, et ne regardez pas les illustrations. Vous y reviendrez une fois votre lecture terminée, comme pour ramasser les miettes d’un gâteau trop bon dont on voudrait davantage.


Si vous souhaitez lire Conte de Fées, vous pouvez précommander la version française (en espérant une traduction de bonne qualité) ou la version en anglais ci-dessous :

Les connexions de « Conte de Fées » / « Fairy Tale » avec le reste de l’univers

Évidemment ne lisez pas la suite si vous n’avez pas encore lu les histoires ! Toutes les connexions des histoires de Stephen King sont à retrouver dans ce dossier.

  • Chapitre 2 – Une référence à Cujo en comparaison à Radar, supposément chien méchant
  • Chapitre 3 – Melissa Wilcox a le même nom de famille que le personnage principal de Roadmaster, peut-être un hasard mais peut-être pas étant donnés les liens de ce roman avec le cycle de La Tour Sombre.
  • De nombreuses références à La Tour Sombre :
    • De par son nom le puits sombre (en anglais c’est en tout cas « dark well ») fait penser à la tour sombre (qui en anglais est appelée « dark tower »), d’autant qu’il est entouré d’un champ de coquelicots rouges (ce sont des roses rouges pour la tour).
    • Bowditch possède des pistolets de cowboy.
    • Une rue porte le nom de Dearborn, qui est le nom de naissance de Roland (Will Dearborn).
    • Chapitre 7 – Une première référence à La Tour Sombre et à une de ses genèses avec la mention du poème « L’écuyer Roland à la Tour noire s’en est venu. »
    • Chapitre 8 – Le pseudo d’un internaute dont le message intéresse Charlie est BullGuy19 : la présence de « 19 » n’est jamais anodine dans l’œuvre de King où ce nombre revient beaucoup, et évoque des liens étroits avec La Tour Sombre.
    • Chapitre 10 – M; Bowditch évoque « une journée de 1919 », une fois de plus la présence de « 19 » n’est pas innocente.
    • Chapitres 11 et 12 – plusieurs mentions de « pistolero ».
    • Chapitre 20 – Les tasses ont des roses sur la bordure.
    • Chapitre 20 – Charlie dit « Que vos journées soient longues et vos nuits plaisantes » et pense que ça lui vient de son père, qui l’aurait lu quelque part.
    • Chapitre 27 – On nous dit « Il existe d’autres mondes que ceux-ci », une phrase au centre du cycle de King. Cette notion revient dans plusieurs chapitres sous différentes formes (chapitre 30 : « d’autres univers au-delà de la compréhension humaine » et « d’autres mondes » dans l’épilogue)
    • Chapitre 30 : Un personnage fait un souvent des signes de moulinet avec sa main pour que les autres se dépêchent, de parler notamment : un vieux tic du pistolero Roland.
    • Epilogue : Charlie se sent la mission de protéger ce monde, comme un pistolero.
  • Chapitre 17 – Mention du journal Inside View : c’est le journal de Richard Dees (L’Oiseau de Nuit), présent dans plusieurs histoires de Stephen King.
  • Chapitre 25 – Il est dit qu’un vrai prince peut flotter et changer de forme : tel Grippe-Sou dans Ça.

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