Dans le cadre du rachat de l’éditeur Simon & Schuster par Penguin Random House, Stephen King a été appelé à témoigner sur les conséquences d’un tel rachat pour les auteur.ices.

En novembre 2020, je vous informais du rachat de l’éditeur américain Simon & Schuster, qui édite Stephen King aux États-Unis, par Penguin Random House. Le 20 juillet dernier, je précisais dans une mise à jour que pour éviter la création d’un monopole sur le marché, le gouvernement américain souhaitait bloquer cette acquisition. On apprenait que Stephen King, qui s’était positionné contre ce rachat sur Twitter, était appelé à témoigner devant un tribunal fédéral de Washington sur son expérience d’auteur populaire de livres à succès : « Il devrait témoigner spécifiquement sur les éditeurs qui achètent les droits de livres qui devraient être des best-sellers et sur les effets que, selon lui, l’accord proposé aura sur la vente de ces livres. Les procureurs affirment que la diminution de la concurrence entraînera une baisse des avances aux auteurs et une diminution du nombre et de la variété des livres proposés aux consommateurs. »

Le procès a débuté le 1ᵉʳ août et Stephen King a témoigné dès le 4 août. Fidèle à lui-même et à son humour teinté de cynisme, il a fait rire la salle quand un avocat lui a demandé de se présenter : « Je suis Stephen King, je suis auteur freelance. »

King a régalé la cour avec des histoires de sa carrière d’écrivain, notamment la fois où un négociateur de sa première maison d’édition, Double Day, a quitté la réunion lorsque son agent a proposé un contrat de deux livres pour une avance de 3 millions de dollars. Le négociateur « s’est retiré peu de temps après », a plaisanté King.

King a également raconté comment il a été contraint de passer un accord avec un plus petit éditeur lorsqu’il a écrit Le Pistolero en 1982. Cette histoire (premier tome du cycle La Tour Sombre) ne correspondait pas à son image de « type effrayant », a expliqué King.

« Je dois demander », a interrompu Florence Pan, juge du district de Columbia, qui décidera en dernier ressort si l’accord de 2,2 milliards de dollars peut être conclu. « Comment s’est passée la parution de ‘Le Pistolero’ ? »

King a répondu qu’il ne s’est vendu au départ qu’environ 1 500 exemplaires en couverture rigide, mais que les fans de King ont fini par réclamer le roman à cor et à cri. Une histoire que je vous raconte dans mon dossier dédié à La Tour Sombre. « Ma réaction a été de dire ‘ne soyez pas si avide, vous ne pouvez pas tout avoir' » a déclaré King.

Mais au cœur du témoignage de King se trouve un point sérieux. Il a travaillé pendant une grande partie de sa carrière avec l’éditeur Scribner, aujourd’hui une division de Simon & Schuster. « Je suis venu parce que je pense que la fusion [des éditeurs, ndlt] est mauvaise pour la concurrence. C’est ma compréhension de l’industrie du livre et j’y suis depuis 50 ans ». Il a déclaré qu’il était difficile pour les petits éditeurs de concurrencer les cinq grands éditeurs « bien établis », dont font partie Penguin et Simon & Schuster.

« Est-ce qu’un nouvel éditeur pourrait soudainement apparaître sur le marché ? Il y en a tout le temps qui apparaissent et ils n’ont pas beaucoup de succès parce qu’ils n’ont pas la puissance que les Big Five ont », a-t-il déclaré.

Stephen King a également commenté une promesse faite par Penguin Random House en réponse aux réactions négatives suscitées par l’accord proposé. L’éditeur Penguin Random House a déclaré qu’il permettrait à ses marques, qui font des offres pour acquérir les droits d’un livre, de faire des offres contre les marques de Simon & Schuster afin d’assurer une concurrence continue. Le ministère de la Justice a fait valoir qu’il n’y avait aucun moyen de faire respecter cette promesse par Penguin. « Vous pourriez tout aussi bien dire que le mari et la femme vont faire des offres l’un contre l’autre pour la même maison. L’idée est un peu ridicule quand on y pense ».

Les avocats des éditeurs de livres ont fait valoir que les petits éditeurs offrent aux auteurs et à leurs agents de nombreuses possibilités de vendre leurs livres, et que si Penguin essayait de réduire les avances des auteurs, d’autres éditeurs paieraient plus cher pour attirer leurs œuvres. La défense s’est également attaquée au marché des best-sellers anticipés sur lequel le ministère de la Justice fonde son affaire, affirmant qu’il ne représente qu’une petite fraction du marché global du livre.

Lorsque le moment est venu pour Daniel Petrocelli, l’avocat principal de Penguin qui a monté une défense agressive de la fusion proposée, de contre-interroger King, Petrocelli a préféré le féliciter pour son « énorme succès ». Il a dit qu’il aimerait s’asseoir avec lui un jour pour une tasse de café. « Mais en ce qui concerne aujourd’hui, je n’ai pas de questions pour vous. »

« Ai-je fini ? » demande King en se tournant vers le juge. « Oui, ce fut un honneur d’entendre votre témoignage » a répondu le juge Pan.

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