Vous n’avez pas pu manquer l’information : le 16 octobre 2019, les éditions Bragelonne publieront en France le beau-livre rétrospective des adaptations de Stephen King, Stephen King à l’Écran.

Écrit par Ian Nathan et traduit par Jean-Marc Lainé, en France c’est Piéric Guillomeau qui a porté ce projet pendant plus d’un an.

Quel est historique de Bragelonne avec Stephen King ? Comment a été édité ce livre ? Quels sont les projets Kingiens de l’éditeur ? Piéric a répondu à toutes mes questions.

Bonjour Piéric, peux-tu te présenter ?

Bonjour Émilie, je suis éditeur pour les éditions Bragelonne depuis deux ans, et je suis notamment en charge des beaux livres, des ouvrages illustrés, de ce qu’on appelle les projets transverses, et chargé également de dynamiser le fonds, c’est-à-dire de trouver des moyens de remettre au goût du jour notre catalogue, de proposer nos titres sous de nouveaux formats.

Peux-tu présenter brièvement Bragelonne ?

Bragelonne est né un 1er avril 2000 avec la volonté commune de cinq associés passionnés de littérature de l’imaginaire et qui partaient du constat que la Fantasy n’était pas suffisamment représentée au sein de l’édition française. Aujourd’hui, presque vingt ans plus tard, Bragelonne est le 1er éditeur indépendant français sur l’imaginaire, notamment grâce au développement de plusieurs labels, avec par ordre chronologique d’apparition : Milady, Castelmore, Stéphane Marsan, HiComics et Bragelonne Games.

Quel est l’historique de Bragelonne avec King ? 

King est né bien avant Bragelonne et vendait déjà beaucoup de livres. L’auteur américain avait donc déjà ses éditeurs français avant la naissance de Bragelonne, et ceux-ci n’ont certainement jamais eu l’intention de lâcher la poule aux œufs d’or (rires). Cependant, comme les éditrices et éditeurs de Bragelonne sont férus d’imaginaire et de ses sous-genres, tous apprécient bien évidemment Stephen King. En fait, je pense même que tout amateur de fantastique ou d’horreur a forcément une histoire singulière avec Stephen King : un souvenir d’une première fois, un cauchemar lié à une lecture, un roman fétiche. Ceci dit, Bragelonne en soi a tout de même une histoire avec King, puisque nous avons édité en 2014 une nouvelle intitulée Un Visage dans la foule, datant de 2012, et destinée exclusivement à être publiée en numérique. Bragelonne étant l’un des premiers éditeurs à avoir investi le numérique, nous pouvons donc nous targuer de faire partie du cercle très fermé des éditeurs du King, le “club des winners” en quelque sorte (rires). Nous avons également publié dans notre collection “Essais” le Colloque de Cerisy – Autour de Stephen King l’horreur contemporaine, une retranscription de la conférence entre les universitaires Jean Marigny et Guy Astic autour de l’anatomie de l’horreur telle que développée par Stephen King.

Comment Bragelonne a été intégrée au projet de livre sur les adaptations de King ?

Cela s’est passé tout début 2018, lors d’un important salon international du livre qui se déroule tous les ans à Londres. En me promenant dans les allées, une plaquette déposée sur une table du stand d’un éditeur anglais a attiré mon attention. Le titre était “Stephen King at the movies” et la plaquette vantait un livre offrant une rétrospective complète de toutes les adaptations de King sur petit et grand écran. Reconnaissons que c’était pour le moins accrocheur. La couverture n’était que provisoire. J’ai vu également que le projet était signé Ian Nathan, journaliste anglais spécialisé dans le cinéma et qui a longtemps été rédacteur en chef de Empire, le magazine de cinéma anglais de référence. De retour à Paris, j’ai contacté l’éditeur anglais. On a pas mal échangé pour être bien certain de la qualité et de la nature du bouquin puisque le livre était en cours de fabrication. Au vu l’incroyable succès de Ça Chapitre 1, et du revival un peu partout des adaptations de King, au cinéma (Simetierre, Docteur Sleep) mais aussi sur Netflix avec notamment Jessie ou 1922, on s’est dit en interne chez Bragelonne que ce livre pourrait être non seulement une opportunité éditoriale, mais pas seulement. En effet, il arrive aussi à point nommé pour dresser un bilan de l’empreinte de King sur plusieurs générations de lecteurs et/ou de spectateurs. King a déjà traversé et imprégné deux générations, il est toujours d’actualité, ses thématiques sont universelles et parlent aujourd’hui autant à un jeune de 16 ans qu’à un grand-père de 70 ans. Et en même temps, un jeune de 20 ans n’a pas forcément connaissance des premiers films adaptés de Stephen King. Derrière un Shining ou Les Evadés, très connus, il y a aussi des films comme Carrie, Misery, Dolores Claiborne ou Stand by Me qui sont au mieux des petits chefs-d’œuvre, au pire d’excellents films. Ce côté bilan transgénérationnel me plaisait vraiment, d’autant que le travail de Ian Nathan présentait à la fois une exhaustivité et une analyse tout à fait pertinente sur ces adaptations, formidablement bien mises en perspective avec la carrière de King. En tant qu’éditeur de l’imaginaire, Bragelonne a pleinement conscience de la place de King dans la littérature qu’on affectionne. En terreur ou horreur, nous sommes aussi les éditeurs de Clive Barker ou Adam Nevill. Pour en revenir à l’éditeur anglais, Palazzo Publishing, sans parler d’une véritable collaboration, car le travail de Ian Nathan était accompli et la maquette anglaise bien avancée, nous avons eu des échanges constructifs en vue d’adapter la maquette, de retravailler la couverture pour qu’elle donne pleine satisfaction à tout le monde. Palazzo a vraiment été à l’écoute, ouvert à l’échange, ce qui fait que nous n’avons jamais eu l’impression de simplement “acheter” un livre clé en main. Nous avons fait un bout de chemin ensemble sur sa fabrication, et même jusqu’à sa promotion puisque Ian Nathan est ravi de voir son ouvrage adapté en français et de participer à la promotion de notre édition. “Je semble tellement plus intelligent en français”, m’a-t-il confié dans l’un de nos échanges avec un humour typiquement britannique (rires).

© Palazzo Publishing

Es-tu toi-même fan de Stephen King ? 

Forcément. Ou, plutôt, comme je disais précédemment, j’ai ma petite histoire avec King, un parcours personnel. Je vais commencer peut-être par l’aspect le plus critique, car il faut bien reconnaître que sur la quantité de films adaptés de son œuvre, peu ont accouché de chef-d’œuvres sur un plan strictement cinématographique. Au moins deux raisons à cela : d’abord Stephen King est un best-seller habitué à battre des records de vente, du coup le cinéma a d’abord eu tendance à s’emparer de ses œuvres pour les exploiter d’un point de vue strictement commercial. Et, parfois, commercial ne rime pas forcément avec qualité. Deuxièmement, et c’est très bien expliqué par Ian Nathan dans le livre, peu nombreux sont les réalisateurs à avoir su trouver la “voix” de King et la retranscrire par l’image. Sur un plan personnel, de mémoire j’ai entamé ma découverte de King avec la lecture du recueil de nouvelles Brume. Je me souviens avoir fait de beaux cauchemars après avoir lu “Le Singe” et “Brume” (rires). Mais par la suite, je retiens un souvenir impérissable de Différentes Saisons. Ce recueil de quatre nouvelles pas forcément fantastiques m’a profondément marqué, et fait partie des lectures qui m’ont à la fois fait “grandir” et fait prendre conscience de ce qu’était un bon narrateur. J’aimais particulièrement “Rita Hayworth et la Rédemption de Shawshank” et “Le Corps”, et j’ai été pas mal traumatisé à la lecture de “Un Élève doué”. Le style de King dans ces trois nouvelles est à la fois très différent et fascinant. Quel sens de la dramaturgie, de la narration, il sait comme peu d’écrivains ménager ses effets. Le film Stand By Me, adapté de l’une des nouvelles de Différentes Saisons, est certainement mon adaptation préférée d’une œuvre de King, à égalité peut-être avec Carrie ou The Mist. Je le classerais même avant Les Évadés ou Shining. Par la suite, j’ai lu pas mal de Stephen King dits “mineurs”, comme Jessie, dont l’adaptation réussie était une gageure, ou Marche ou crève. Je n’ai par contre jamais lu les grands classiques tels Simetierre, Ça, ou même, étrangement, La Tour Sombre.

Quelle est ton anecdote préférée que tu as apprise avec ce livre ?

En tant qu’ancien journaliste de presse cinéma, pas grand-chose, je dois le reconnaître. Les premières adaptations de King au cinéma sont assez connues pour qui s’intéresse à l’auteur, et les films sont suffisamment marquants pour que des tas d’articles aient déjà été écrits dessus. Mais ça a occasionné de belles piqures de rappel et permis de constater avec quel sérieux Ian Nathan avait travaillé. Il a vu ou revu toutes les adaptations (quel sens de l’abnégation ! -rires-) et a fait un véritable travail d’archiviste pour rapporter des anecdotes. En même temps, celles-ci sont toujours pertinentes et servent à nourrir la belle relation prolifique et contrariée qu’entretient Stephen King avec Hollywood. J’aime aussi beaucoup les extraits d’interviews que Ian Nathan a réalisées lui-même du scénariste William Goldman (Misery, Dreamcatcher), qui synthétise très bien l’impact de Stephen King sur la culture américaine. Ceci dit, j’ai beaucoup appris sur la saga Children of the corn. Je n’ai pas vu les films, le texte rédigé par Ian Nathan ne m’y incite d’ailleurs pas forcément, mais par contre j’ai beaucoup ri en lisant sa prose (rires). J’ai par contre appris plus de choses dans la dernière section du livre, et je serais très intrigué de découvrir la série Mr. Mercedes, surtout la saison 1. En effet, elle est scénarisée par cet auteur que j’apprécie beaucoup, Dennis Lehane, et je serais curieux de voir ce que le “croisement” entre deux auteurs de ce calibre peut donner à l’écran.

Quel film adapté de King ne peux-tu pas voir avant de te coucher ? 

Je suis très friand du cinéma fantastique et d’horreur, j’adore les voir au cinéma, en pleine salle obscure. Je suis d’ailleurs très bon public, puisque je sursaute comme un ado au moindre effet sonore ou surgissement basique. Bizarrement, hormis Shining, où Jack Torrance/Jack Nicholson me terrifient franchement, je pense qu’aucun film ne pourrait réellement m’empêcher de dormir. J’ai vu assez récemment Ça Chapitre 1, c’est fort bien fait, mais ça ne m’a pas traumatisé plus que ça. Cependant, je dois bien avouer que lorsque j’étais plus jeune, j’ai des souvenirs quand même assez perturbés des visionnages de Simetierre, la première adaptation signée Mary Lambert, et de Cujo (j’avoue, j’ai assez peur des chiens – rires).

Quels sont les gros projets de cette rentrée littéraire pour Bragelonne?

La rentrée littéraire étant souvent réservée à la littérature dite “blanche”, Bragelonne Imaginaire s’efface le temps de cette période majeure pour l’édition pour laisser la place à ses labels Milady et Stéphane Marsan. Milady, notre label woman fiction, fait une rentrée en force avec des titres très attendus comme Les sept maris d’Evelyn Hugo de Taylor Jenkins Reid, le nouveau roman événement de Jojo Moyes, Le vent t’emportera, Tous tes secrets de Lisa Jewell ou encore la suite PS I Love you, Postscriptum de Cecelia Ahern. Nous avons également depuis plus d’un an le label Stéphane Marsan qui propose une littérature française et internationale de grande qualité, avec notamment en octobre un magnifique roman russe, F20 de Anna Kozlova. La collection Thriller de Bragelonne va quant à elle publier SÅNG, le nouveau Johana Gustawsson (Mör et Block 46).

Concernant Bragelonne, la période de fin d’année, à partir d’octobre, est l’opportunité d’offrir ce qui fait aussi notre marque de fabrique qualitative, avec la parution d’intégrales et d’éditions collectors toujours très attendues. J’attends avec impatience l’édition du Nom du Vent de Patrick Rothfuss avec des illustrations signées Marc Simonetti. J’ai aussi hâte de découvrir l’interprétation graphique et visuelle qu’a fait François Baranger des Montagnes Hallucinées, la nouvelle de H.P. Lovecraft. Il y a également pour nous une belle opportunité de mettre en avant la Fantasy avec l’exposition Tolkien organisée à la Bibliothèque François Mitterrand.

Mais cette fin d’année sera surtout marquée par la diffusion de la série événement Netflix, Witcher. Bragelonne publie Sorceleur (le titre français) de l’auteur polonais Andrzej Sapkowski depuis plus de dix ans. Les adaptations en jeu vidéo, et notamment Witcher 3, ont déjà fait passer les romans dans la catégorie du best-seller, mais il reste encore beaucoup de lecteurs à conquérir. Et la série Netflix devrait nous y aider, d’autant que la série de romans est vraiment de qualité pour tout lecteur amateur de Dark Fantasy.

Est-ce que Bragelonne a l’intention d’éditer plus de produits de ou sur King, par exemple le comic adapté de Sleeping Beauties est-il dans les tuyaux ?

Via notre label HiComics, nous avons publié la série des Locke & Key, écrite par Joe Hill (fils de Stephen King, ndlr). Concernant Sleeping Beauties, malheureusement je ne peux rien dire. Mais il est tout à fait probable, vu la période King fastueuse que nous vivons, qu’une mise à jour soit faite du livre Stephen King à l’écran d’ici quelques années. Et nous pourrions bien réserver quelques surprises aux fans de Stephen King dans les mois ou années à venir…


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