Stephen King a discuté avec Peter Allen Clark de Time à propos de Doctor Sleep, de Donald Trump et du fait d’écrire des histoires avec des enfants. Traduction de l’interview.

(Photo de Astrid Stawiarz/Getty Images/2017)

Qu’avez-vous pensé de l’adaptation Doctor Sleep ?

Je l’aime beaucoup. Il a pris mon histoire, qui était la suite de Shining, et l’a pour ainsi dur fusionné avec le film de Stanley Kubrick, ce qui est probablement l’une des raisons pour lesquelles Warner Bros était impatient de le faire. J’ai toujours pensé que le film de Kubrick était plutôt froid et le réalisateur Mike Flanagan l’a réchauffé.

Il y a eu sept adaptations de votre travail rien qu’en 2019. Avez-vous pensé à ce qu’il faut pour réussir une adaptation ?

Je pense que dans la plupart des cas, les histoires courtes ont eu plus de succès que les histoires longues. Ainsi, les cinéastes peuvent rester fidèles à l’histoire. Je pense que plus vous vous en tenez à l’histoire que j’ai racontée, plus les films ont du succès. Est-ce que ça sonne prétentieux ?

Quels sont vos favoris du moment que vous regardez à la télévision ?

La série que je regarde en ce moment s’appelle Emergence sur ABC, et je ne pense pas que les cotes d’audience sont vraiment excellentes, j’ai très peur qu’elle soit annulée. Je regarde une émission de Billy Bob Thornton intitulée Goliath, qui est formidable. Les deux premières saisons sont bonnes. La troisième saison est incroyable parce que c’est une ambiance à la David Lynch. Il y a une série sur Netflix, une série espagnole appelée La Casa de Papel et c’est très amusant.

Votre nouveau roman, L’Institut, parle d’enfants puissants. Qu’est-ce qui vous fait revenir à ce thème ?

Je ne sais pas exactement, sauf que je suis intéressé par des histoires dans lesquelles des personnes faibles sont réunies pour former quelque chose de puissant. Personne n’est plus faible que les enfants, et quand ils se réunissent, ils peuvent être assez forts. J’ai aimé l’idée d’un adulte qui se soucie des autres et qui trouve des enfants dans le besoin, des enfants dans une situation désespérée et qui se comportent comme de vrais adultes. Il y a trop de gens dans ce pays, qui occupent des postes de pouvoir, qui ne se comportent pas comme des adultes et donc, pour moi, c’est très satisfaisant.

Est-ce que cela ne les prive pas de leur enfance et les transforme en adultes ?

Il y a un un peu de ça. C’est ce vieux fil rouge de base dans la narration : passer de l’innocence à la maturité. Et tous les enfants passent quand même par là. Vous n’avez pas besoin de les mettre dans cette situation. Chaque enfant fait face, tôt ou tard, à une situation dans laquelle il doit se comporter en adulte ou abandonner ses illusions enfantines. Et c’est ça le sujet, quand un enfant découvre qu’il n’y a pas de fée des dents ni de père Noël.

Comment votre relation avec la pop culture a-t-elle changé au cours de votre carrière ?

Je me suis un peu séparé de la pop culture. C’est plus pénible qu’avant, parce que je n’en suis plus au même moment. Je n’écoute pas beaucoup de musique actuelle. Les gens parlent de certaines personnes actuelles comme Jay-Z. Je vais sûrement paraître vieux à parler de Jay-Z. Quand j’ai eu un téléphone portable, j’ai découvert qu’il était la pierre angulaire de la culture populaire d’aujourd’hui. Il est donc beaucoup plus facile pour moi de gérer des choses comme envoyer des textos dans des histoires. J’avais l’habitude de recevoir des notes rédigées disant : “Est-ce que cette personne n’enverrait pas plutôt un texto ?” et voilà. Vous parlez d’une compréhension de la culture populaire, je dirais que mes doigts sont devenus un peu engourdis.

Vous êtes depuis longtemps critique du président Trump. Que pensez-vous de l’enquête en cours sur la destitution ?

Disons-le ainsi : si les Russes ne le paient pas, ils devraient le faire, car il a déchiré ce pays en deux. Je pense que son quart d’heure est presque écoulé. Je pense que même ses plus fervents partisans ont commencé à se ramollir.


Propos recueillis par Peter Allen Clark.
Parution : Time Magazine, 18 novembre 2019.
Traduction : Emilie – Stephen King France.

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