Dans une interview de Will Pavia pour le magazine Times, Stephen King s’est confié sur la peur de la démence et d’oublier les mots. Il a évoqué la possibilité que le prochain livre qu’il écrira puisse être le dernier. Il a aussi parlé des conditions qu’il a imposées pour l’adaptation de Marche ou Crève, et de la genèse de Running Man, entre autres sujets. Je vous propose de retrouver ci-dessous l’essentiel de ce qu’on a appris (l’article est réservé aux abonnés donc je ne vous en propose pas une traduction exhaustive).

Stephen parle au journaliste de La vie de Chuck, une nouvelle (parue dans Si ça saigne), magistralement adaptée par Mike Flanagan cette année : « J’ai écrit une histoire sur la fin du monde. Il existe un mot pour désigner cela, mais je ne me souviens plus lequel. C’est l’idée que nous contenons tous le monde et que le monde disparaît lorsque nous disparaissons », dit-il en fronçant les sourcils. « Il y a un mot pour ça, mais je ne me souviens pas du tout de quoi il s’agit. »
Will Pavia fait un parallèle avec Terry Pratchett lorsqu’il a commencé à souffrir de démence. « C’est ce qui me fait peur », déclare King. « J’ai peur que cela m’arrive et chaque fois que je ne me souviens pas d’un mot ou de quelque chose, je me dis : “C’est le début.” »
Il a récemment terminé le troisième roman de sa saga Talisman et fait actuellement une pause dans son travail. Ce qui explique une chose qui revient beaucoup dans nos conversations sur les Live Twitch : on ne connait pas ses prochains projets parce qu’actuellement, il n’en a pas. Alors qu’habituellement il écrit beaucoup : il le fait le matin, sept jours sur sept, interrompu uniquement par les femmes de ménage qui viennent les lundis et vendredis.

Interrogé sur Marche ou Crève, dont une adaptation par Francis Lawrence sortira au cinéma le 1er octobre, King raconte qu’il l’a écrit à l’université en 1969, pour impressionner une fille : « Je me disais que si elle lisait ce livre, elle tomberait peut-être amoureuse de moi. »
« Je veux que les lecteurs se sentent tendus et totalement emportés par l’histoire », dit-il. Le père de King « a accumulé toutes sortes de factures, puis s’est enfui quand j’avais deux ans », écrit-il dans son livre Ecriture, Mémoires d’un métier. Il a eu une enfance « mouvementée », élevé avec un frère aîné par une mère célibataire. Il allait à l’école avec des enfants « qui portaient la même saleté dans le cou pendant des mois ». Ils ressemblent aux personnages de Marche ou Crève.
« Le même genre d’enfants qui sont entraînés dans la machine de guerre », dit-il. Au moment où il l’écrivait, alors qu’il était étudiant boursier à l’université, des jeunes hommes étaient enrôlés pour aller au Vietnam. Sa seule condition pour l’adaptation cinématographique était que l’on voie les adolescents se faire tirer dessus.
« Si vous regardez ces films de super-héros, vous verrez… un super-vilain qui détruit des quartiers entiers, mais vous ne verrez jamais de sang », dit-il. « Et ça, c’est mal. C’est presque pornographique… J’ai dit que si vous ne montriez pas ça, autant ne pas s’embêter. Et ils ont donc fait un film assez brutal. »

Une autre adaptation très attendue de la rentrée, c’est celle de The Running Man. L’idée lui est venue quelques années après Marche ou Crève, marié à Tabitha, ils vivaient dans une caravane et il était enseignant. « Je me suis dit : “À quoi ressemblerait un jeu télévisé où les gens se font tuer ?”. Il faudrait présupposer une société un peu comme celle de 1984, où il y avait du sang et des cirques. »
Il a écrit le livre en une semaine, pendant les vacances scolaires de février, alors que toutes les routes étaient bloquées par la neige. Puis il l’a envoyé à des maisons d’édition. « On m’a renvoyé mon manuscrit avec une petite note disant : “Nous ne publions pas de livres sur les sociétés dystopiques.” »
Il l’a donc rangé dans un tiroir jusqu’à ce qu’on lui demande quelques années plus tard, après les succès de Carrie et Salem, de proposer des livres à publier sous pseudonyme pour ne pas inonder le marché avec des livres de King. C’est ainsi que Marche ou Crève et The Running Man ont été publiés sous le nom de Richard Bachman. « Je dois dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à imaginer ces jeux télévisés », confie King.

Interrogé sur l’intelligence artificielle, King explique : « Je ne m’intéresse pas vraiment à l’IA. Mes fils sont tous deux écrivains… et ils sont tous très concernés par l’IA et son impact négatif sur les écrivains. Je pense simplement qu’il est évident que les gens vont écrire de meilleurs textes que n’importe quelle intelligence automatisée. »
« Je pense qu’une fois qu’il existera une forme d’intelligence capable de s’autoreproduire, une fois qu’elle aura appris à s’autoformer, en d’autres termes, la question de l’apport humain ne se posera plus. Elle sera capable de le faire elle-même. Avez-vous déjà lu La Machine à explorer le temps de H. G. Wells ? »
Dans ce roman, un scientifique victorien voyage jusqu’en 802 701, où il rencontre les Eloi, une race enfantine qui s’ébroue dans les ruines de la civilisation humaine, tandis qu’une espèce souterraine appelée les Morlocks fait fonctionner des machines et se nourrit des Eloi.
« Nous deviendrons les Eloi et l’IA sera les Morlocks, qui dirigeront pratiquement tout. Une fois que vous aurez appris à l’IA à écrire un roman, la donne sera complètement différente. J’aime à penser que je peux garder une longueur d’avance sur l’IA pendant le temps qu’il me reste. »

En fin d’interview, le journaliste pose plusieurs questions rapidement car King doit partir dîner.
Va-t-il continuer à écrire ? – « J’ai au moins un autre livre que j’aimerais écrire, et au-delà de ça, mec, je ne vais pas me prononcer… J’aimerais partir quand les gens diront : “J’aimerais en avoir un autre.” »
Continuera-t-il à écrire, même s’il cesse de publier ? – « Je pense que cela pourrait arriver. Mais je suis trop vieux pour faire comme JD Salinger et écrire quatre ou cinq livres qui resteront dans le tiroir de mon bureau. »
Les publiera-t-il donc ? Ou les laissera-t-il à quelqu’un d’autre pour qu’il les publie ? – « Je ne sais pas », répond-il. « C’est une question effrayante. »
Will craint de ne pas avoir couvert tous les sujets. « Ce n’est pas grave », répond Stephen King. « Nous faisons de notre mieux et on s’en fout du reste. »
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